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 Un petit topeau sur l'éducation...à voir

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Léa



Nombre de messages : 18
Date d'inscription : 06/09/2006

MessageSujet: Un petit topeau sur l'éducation...à voir   Dim 10 Sep - 23:00



L’éducation




En rapport avec la littérature, le mot éducation nous fait immédiatement pensé à tous ces romans qui fleurirent au XIXs sous le nom de roman d’apprentissage. Or, il serait réducteur de limiter e thème de l’éducation à ce seul pans de la littérature. En effet, de nombreux textes de l’Antiquité et notamment le Satyricon jouait déjà dans une large mesure du parcours d’un jeune adolescent ; le voyage considéré comme périple initiatique à en ce sens toujours été un motif de la littérature.
Pour autant, il faut noter une différence qui se dessine progressivement à partir de la fin du Moyen Age et qui tend de plus en plus à individualiser l’enfant, à le distinguer de l’adulte. Ce processus mis en évidence par N. Elias dans La Civilisation des mœurs est étrangement contemporain de l’apparition du roman d’éducation et ne doit donc pas en être dissocié.
Nous adopterons ici une approche historique et nous analyserons les succès puis les déboires de ce motif au sein de la littérature.

I Les romans d’éducation.
A Définition.
Roman pédagogique, roman d'éducation, roman d'apprentissage, roman de formation, Bildungsroman : ces termes disent l'ampleur d'un projet littéraire conçu, au siècle des Lumières, dans la foi au progrès de l'humanité.
Il s'agit d'associer le lecteur au récit de vies qui se construisent dans le temps et qui, tout en acceptant leurs limites, s'efforcent de dépasser sans cesse leurs " déterminations " pour harmoniser leur " être " avec la marche de la société.
Ce projet emprunte, et souvent combine, les formes les plus diverses : récits à la première ou à la troisième personne, roman-conversation, roman par lettres, aventures, voyages, digressions philosophiques.


B Rapport du personnage à sa société.
Une dimension commune caractérise toutefois des œuvres qui s'écartent autant des affabulations du roman à intrigue que du compte rendu picaresque : l'épaisseur du vécu.
L'histoire de la société se concrétisera, prendra sa profondeur, son relief, à travers la subjectivité d'une existence individuelle. En retour, l'histoire de l'individu trouvera dans l'histoire de tous sa raison et sa consistance. Symphonie à " motifs " plutôt que récit linéaire, le roman d’éducation est généralement volumineux : son dynamisme messianique doit épouser la lente et double expérience d'un accomplissement personnel et d'une réalisation du bien commun.

Les romans de Marivaux, de Diderot, de Fielding, de Richardson (Clarisse Harlowe), de Sterne (Tristram Shandy) ont les premiers précisé le champ, les personnages et l'enjeu de cette histoire où la " poésie du cœur " doit finalement, et douloureusement, s'accorder avec " la prose des rapports sociaux " (Hegel).
Ainsi verra-t-on, dans la quotidienneté d'un monde pacifique et travailleur, des individus non exceptionnels, mais de bon vouloir et sensibles, rechercher le bonheur et la justice avec un sens des réalités illustré par Robinson Crusoé (1719) et selon le programme de L'Émile.


C Des obstacles.
Rousseau ne dissimule pas les obstacles sociaux qui peuvent s'opposer à l'éducation. C'est précisément parce que la société n'est pas parfaite que l'individu doit apprendre à vivre sur le plan pratique et sur le plan moral, sinon politique : la certitude que la nature est bonne et que l'histoire a un sens dicte à l'homme non de défier l'appareil social, mais d'en surmonter les défauts.
Pour autant, Rousseau qui après la publication de l’Emile reçoit de nombreuses lettres réclamant ses conseils, est le 1er à affirmer qu’un enfant élevé selon ses strictes préceptes deviendraient un imbécile.
Il ne s’agit pas là de manuels de savoir-vivre : Rousseau n’a rien de commun avec le De civilitate morum puerilium d’Erasme de Rotterdam (1530) ou avec Les Règles de la Bien-séance et de la Civilité Chrétienne de La Salle. Ses œuvres restent des romans c'est à dire des fictions qui tendent d’ailleurs à s’éloigner le plus possible de la réalité : l’éducation des hommes du XVIII se fait hors du contexte social auquel appartient leurs auteurs Robinson Crusoé de Defoe sur une île déserte ; Emile à la campagne et Rousseau souligne les limites d’une éducation publique : la société étant corrompue ne peut former de bons citoyens. Quelle que soit la façon dont on s’y prend, un homme ne sera jamais que ce que la nature de son gouverneur le fait être d’où cette critique constante des couvents et autres collèges, sources de tous les maux de la société.


II La confrontation directe de l’homme à la société : réussite et échec du roman d’apprentissage au XIX.
Au XVIIIe siècle, les personnages romanesques dominants étaient animés par la perspective d'une société juste et bonne. Pour Balzac, ils doivent adopter, sous peine de mort ou de déchéance, une stratégie allant dans le sens du déterminisme social et économique


A Une éducation qui est dépendante des déterminisme sociaux et économiques.
Le roman est animé, comme la société dont il rend compte, par l'idée d'ambition. Seuls Rastignac et Vautrin offriront, toutefois, de la volonté de puissance une image positive et cohérente : pour Balzac, on doit réussir quand on sait faire taire ses sentiments et que l'on a compris comment fonctionne la machine sociale.
Pour Zola, ce déterminisme, tant qu'il ne sera pas rationalisé par la science, fera des hommes ces animaux-objets que sont la plupart des personnages des Rougon-Macquart.

B L’illusion de la volonté de puissance : une conditionnement social qui conduit les personnages à réprimer leur vraies tendances.
Stendhal, en revanche, puis Dostoïevski montreront l'envers du système balzacien. Ils feront apparaître la volonté de puissance comme une illusion dont sont victimes les ambitieux lorsqu'ils ne sont pas, au départ, d'un niveau social assez élevé et quand ce mythe de l'ambition les contraint à réprimer les vraies tendances de leur être, qui un jour reviennent en force.
Cependant, Julien Sorel meurt heureux dans sa prison, et, une fois en marche pour le bagne, Raskolnikov va vers l'état de grâce. À l'éthique de l'ascension sociale, qui joue un rôle essentiel dans le système de valeurs de la bourgeoisie et d'une partie de la noblesse de leur temps, ces deux personnages opposent une anti-valeur : la conscience de soi chez Julien Sorel, l'amour chrétien chez Raskolnikov. Pourtant ces antivaleurs correspondent à des réalités : les deux romanciers ont exprimé la critique qui se faisait jour, dans une société, de ses propres idéaux. Stendhal avait déjà pu constater que l'idée de " parvenir " recouvrait celle d'ordre, qui elle-même était contradictoire de celle de justice.



C La césure romanesque : l’aspect éducatif de Flaubert.
Flaubert lui aussi commence par rattacher un personnage à l'idée de promotion sociale. Son père s'étant élevé au-dessus de la paysannerie proprement dite, Emma Bovary désire naturellement accéder au niveau de la bourgeoisie. Mais, chez elle, ce désir se cristallise autour de lectures romantiques qui l'ont persuadée que le bonheur affectif ou sensuel ne fait qu'un avec la vie bourgeoise. Le fantasme d'Emma Bovary s'avérera incompatible avec son statut social réel, mais ce fantasme n'en aura pas moins dérivé (par une médiation culturelle) d'une vision petite-bourgeoise du monde.
Or, le bovarysme va constituer pour Flaubert une idée de la personne fondée sur le mépris des conventions et des appareils sociaux : à travers la destinée socialement misérable d'Emma Bovary, Flaubert veut montrer que la valeur de l'homme réside dans la vie de ses images, qui sont des œuvres d'art en puissance.
On peut dire qu'à partir de Flaubert la société trahit invariablement l'individu romanesque : dans sa conscience seule il peut trouver le salut, et un salut précaire, incertain.


III Crise d’une roman d’éducation : l’accès à son être par une voie autonome, la conscience.
Le roman du XIXe siècle s'établit sur les ruines du roman d’apprentissage du XVIII. Il n'y a plus d'éducation. Seules comptent l'expérience et la stratégie. Quand l'éducation n'est plus que sentimentale, le héros de roman, séparé du mouvement social, est voué à l'impuissance et au désabusement.


A Le développement de la civilisation industrielle et l’éducation malgré soi.
Jusqu'à Joyce, à Proust, à Faulkner, la même éthique se dégagera du roman, à savoir que la société n'est rien et que la conscience est tout. Et l'" homme intérieur " ainsi mis en valeur est le négatif de l'espérance humaniste qui avait accompagné la montée de la civilisation industrielle.
Ainsi plus la civilisation industrielle se développe, plus on voit les personnages romanesques faire leur éducation malgré eux, par la force des choses, tel Ferdinand dans Voyage au bout de la nuit (Céline, 1932). Désormais, quand la dynamique de l'éducation figure dans le roman, elle est viciée d'une réalité que ne pouvaient admettre les romanciers de l'âge des Lumières : l'échec.

B L’éducation par sa conscience propre.
Il y a " éducation " dans les romans de Kafka, dans L'Homme sans qualités (1930-1942) de Musil, ou même dans l'Ulysse (1922) de Joyce, mais dans ces romans un individu se cherche malgré la société, et non pas avec elle.
Dans l'œuvre de Kafka, de Joyce ou de Faulkner, l'opposition est irréductible entre des personnages qui cherchent la vérité et l'authenticité dans le seul mouvement de leur conscience et des figures qui sont, au contraire, assimilées à des mécaniques, car par contrainte ou par intérêt elles se soumettent au code des conventions, aux règles de l'arrivisme, à l'attrait de l'argent.
Chez Proust particulièrement, la hiérarchie des personnages est significative des faces et des niveaux que comporte l'idée de personne dans les hautes classes de la société parisienne au début du siècle. À travers et malgré sa situation mondaine, le Narrateur du Temps perdu parvient à atteindre " la vraie vie " (ainsi désigne-t-il la littérature et l'art en général). Juste au-dessous de lui se tiennent Swann et Charlus, qui lui ressemblent par la sensibilité esthétique, l'intelligence critique, la culture. Mais ni Swann ni Charlus ne sont des créateurs, et ils termineront leur vie l'un dans la sclérose du conformisme social, l'autre dans l'humiliation masochiste. Plus bas encore, Proust dispose des personnages rigoureusement représentatifs d'une société : ceux qui jouent un rôle.


C Un échec en suspens.
Cet échec, Thomas Mann le laissera en suspens dans La Montagne magique (1925). Mann a lui-même déclaré qu'il avait voulu tout ensemble parodier le vieux Bildungsroman et le faire renaître afin de lui confier un nouveau message humaniste et libéral. Sept années durant, le jeune Hans Castorp, dans ce lieu privilégié qu'est un sanatorium, écoutera et enregistrera les principales idéologies qui se disputent l'Europe avant la Première Guerre mondiale. Castorp a pour mission de faire la synthèse de ces " visions du monde " contradictoires, mais, à la dernière page du roman, il est jeté dans le feu de la guerre, dont on ne sait s'il sortira vivant. En d'autres termes, Thomas Mann veut croire que la personne humaine, telle que l'a formée une longue culture, survivra, mais il n'en est pas certain.
Paradoxalement, La Nausée (1938) de Sartre est en revanche un vrai roman d'éducation : Roquentin apprend qu'il faut construire sa vie à travers l'échec et l'absurde, et rester ainsi un homme social. De même, la fonction pédagogique du roman se retrouve dans Les Chemins de la liberté (1945-1949) - au bout desquels, toutefois, Sartre n'a pas cru devoir aller.

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