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 les amours de Fabrice 2e p

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antoinepetit

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Nombre de messages : 69
Date d'inscription : 10/09/2006

MessageSujet: les amours de Fabrice 2e p   Dim 10 Sep - 20:22

II- Un amour de mère ? ou Gina et le sfumato amoureux



Après avoir essayé de comprendre les débuts amoureux de Fabrice, comme initiations bien incomplètes au sentiment, nous allons voir dans cette partie en quoi les relations qu’il entretient avec sa Tante Gina, tiennent du sfumato sentimental et de l’ambiguïté, tout deux jouant sur les possibilités que le mot amour peut prendre dans leur situation.



a) Gina ou la sinusoïdale de l’amour maternelle.



Dans l’œuvre de La Chartreuse, Gina est peut-être le personnage le plus complexe et les incertitudes qui tourneront autour de ce couple interdit Fabrice-Gina serviront à l’introspection sentimentale des deux personnages, mais aussi à la découverte de la vraie nature des sentiments.

Pour caractériser cet amour, nous pouvons dire qu’il sera pour Fabrice cet amour de mère, tendresse après laquelle il semble aussi courir pendant tout le roman. Nous pouvons remarquer que l’amour maternelle que peut ressentir Fabrice est en fait une décomposition et une chute lente : la figure de l’amour maternelle semble passer de personnage en personnage, s’estomper parfois, pour finalement disparaître peu à peu… par exemple ne peut-on pas dire combien la vraie mère de Fabrice disparaît peu à peu (il trouve même des substituts inattendus et bonnes conseillères comme la femme du geôlier belge ou la vivandière de Waterloo par exemple.) Mais alors que la figure maternelle décroît, on remarque que c’est le flou sentimental autour de Gina qui grandit. Variant parfois sur Clélia qui, amante, recevra aussi des traits maternels.



b) Gina pour Fabrice… un amour ambigu



Fabrice, pendant nombre de pages, est conscient du profond sentiment qui semble le lier à elle. Troublé par l’âge et l’affection qu’elle a pour lui, elle semble être la remplaçante d’une mère qu’il quitte peu à peu, mais guère pour prendre son envol, car après tout, cette tante qui lui ressemble tant par la gaieté, la spontanéité pourrait tant être une vraie mère pour lui qu’une amante idéale. Mais en avançant dans la vie, Fabrice s’avance en lui même et se sonde, une fois le mot inceste prononcé, c’est l’éclaircissement. Il est plus lucide mais surtout moins amoureux de Gina , que Gina de lui : « jamais il ne prononçait auprès d’elle le mot amour puisque la passion que l’on appelle ainsi était étrangère à son cœur. » Finalement, en la considérant comme une amante, Fabrice ressent ce « profond sentiment de dégoût »

L’analyse progressive de ses sentiments lui dévoile le qualificatif de cette relation : « horreur » est repris bien des fois par notre héros pour traduire la nature de ses sentiments lorsqu’il voit Gina comme une amante, tout en reconnaissant combien cet être lui est cher et précieux, mais précieux comme une mère dont on a besoin, rôle que s’évertue à prendre Gina, secourant et épaulant le parcours romanesque de son neveu. Au final, Gina est pour Fabrice une mère plus réelle que sa vraie mère, comme le dit Philippe Berthier dans son analyse au sujet de cette relation qui a tout de filial : « c’est bien elle, la vraie mère d’un fils qui lui ressemble »



c) Fabrice pour Gina… l’amour interdit



Le thème des amours de Fabrice transcende bien au delà de son seul personnage et agit directement par lui, sur lui, mais aussi sur les autres personnages et particulièrement sur la personnalité de Gina. Pour, elle, la femme belle et charmante, mais qui n’aura pas d’enfant, Fabrice est le neveu chéri mais aussi l’enfant qu’elle voit grandir et qu’elle n’hésite pas, inconsciemment, à faire passer pour sien auprès des gendarmes qui arrêtent Clélia au début du livre ; ainsi, on peut voir dans cette scène pourtant précoce, la distribution enfin arrêtée des rapports sentimentaux entre les personnages, la marquise del Dongo, une mère-étrangère, Gina, une mère-protectrice de subsitut( n’a-t-elle pas dit en le laissant aller à l’aventure : « en te permettant d’aller le rejoindre, je lui sacrifie ce que j’ai de plus cher au monde ) et Clélia, l’Amour.

Mais pour Gina, le flou est constant, elle se ment à elle même, et ne parvient à prononcer le mot fatal qui a tant aidé Fabrice dans la mise au point de ses sentiments. Ce n’est qu’à force de longues introspections manquant de lucidité qu’elle parvient à l’analyse et la conclusion ambiguë : « elle trouvait quelque chose d’horrible dans l’idée de faire l’amour avec ce Fabrice qu’elle avait vu naître ; et pourtant que voulait dire sa conduite ? »



d) Gina, la Phèdre Italienne ?



Même si l’auteur s’en défend devant Balzac en lui disant : « votre illusion va bien loin , par exemple Phèdre » , c’est justement ce nom qui semble coller à la peau de Gina la Phèdre-italienne. De plus, l’allusion est explicite dans le roman lorsqu’on parle des causes de la construction de la Tour Farnèse, pour un homme « qui fort différent de l’Hippolyte, fils de Thésée, n’avait pas repoussé les politesses d’une jeune belle-mère. » Et pourtant tout est différent et ressemblant dans cette comparaison, surtout ressemblant : « Fabrice parut aux yeux de la Comtesse Pietranera comme un bel étranger qu’elle eût beaucoup connu jadis. S’il eût parlé d’amour, elle l’eut aimé. » comparaison ressemblante aussi par le même remords qui la ronge : « elle se fut fait horreur si elle eût cherché un autre sentiment dans cette amitié presque filiale »… mais comme elle le dit elle même, que signifiait sa conduite ?

L’autre point de comparaison avec le personnage de Racine tient dans sa jalousie croissante et son désespoir. Gina l’imaGINAtion jalouse, cherchant à marGINAliser Fabrice de son amour pour Clélia, faisant tout pour se venger, accélérer le mariage de celle-ci, à défaut de l’avoir lui, elle fera tout pour qu’il ne l’ait pas elle, piètre consolation… Jalousie et désespoir lorsqu’elle comprend n’avoir pour Fabrice qu’un second rôle, même dans sa libération et surtout dans son cœur lorsqu’elle s’exclame : « mais c’est elle qui l’a sauvé ! » Elle aurait tout aussi bien pu déclamer : « (Fabrice) est sensible, et ne sent rien pour moi ! / (Clélia) a son cœur, (Clélia) a sa foi ! / Une autre cependant a fléchi son audace / Devant ses yeux cruels une autre a trouvé grâce. / Peut – être a-t-il un cœur facile à s’attendrir / Je suis le seul objet qu’il ne saurait souffrir » ( cf. Racine Phèdre A.IV sc.V)



Finalement, l’ambiguïté trop longtemps dissimulé leur a nuit a tous deux, eux, les bons compagnons de jadis, se retrouvent chacun définitivement seuls loin de l’autre, comme le prouvent les dernières balades en barque où ils s’aperçoivent du contraste et des jours perdus : « Aussi passaient-ils quelquefois quatre ou cinq heures à voguer ensemble sur le lac, sans se dire un mot ».


Et pourtant cet inceste, pour eux spirituel et filial, n’était en fait qu’un inceste civil…



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