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 "les amours de Fabrice"in La Chartreuse 1ere p

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antoinepetit

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Date d'inscription : 10/09/2006

MessageSujet: "les amours de Fabrice"in La Chartreuse 1ere p   Dim 10 Sep - 20:20

STENDHAL




LA CHARTREUSE DE PARME





Exposé (le 21/01/05)


LES AMOURS DE FABRICE







Intro :



La Chartreuse de Parme est un livre aux multiples facettes et qui peut intéresser à bien des égards l’analyse littéraire. Aujourd’hui nous nous arrêterons sur un des fils conducteurs, tant des péripéties du roman, que de la vie du héros déroulée sous nos yeux, et c’est ainsi que nous essaierons d’analyser cette « petite histoire » dans la « grande histoire romanesque » à savoir : Les Amours de Fabrice

La vie de Fabrice s’étale sous nos yeux pendant près de 600 pages et si l’on se penche sur cette question des amours, la complexité de son parcours fait réagir de façon bien différente les critiques. Malgré ses passages de frivolité, certains comme Philippe Berthier l’excusent et disent : « Enfant de l’amour, destiné à l’amour, Fabrice découvre l’amour : excusez du peu. » D’autres, comme Julien Gracq, sont bien plus sévères et voient en son parcours amoureux un lent « itinéraire retro » (in En lisant en Ecrivant ) : « Livré en tout à l’immédiat, comme la feuille aux sautes du vent, le charmant benêt qui habite parfois cette aimable enveloppe me défrise un peu : il n’a de consistance que sa séduction […] il est comme opéré inexplicablement d’une des dimensions de sa vie : plus rien – hormis l’amour – que les menues coquineries, les salonneries, […] les coteries d’une capitale naine de principicule, plus rien qu’une vie, adorablement certes, mais tout de même si médiocrement épicurienne, rien qu’un […] séduisant surnuméraire de cour. » (qui est en surnombre). Que penser finalement de ce cheminement sentimental ?

Les questions auxquelles nous essaierons de répondre au long de cet exposé vont alors être : Quels sont les différents stades et gradations d’amour que connaîtra Fabrice au long de sa vie, et en quoi l’amour a-t-il pu aider notre héros dans son cheminement romanesque.



Dans sa lettre de remerciement à Balzac pour son article sur la Chartreuse dans la Revue parisienne Stendhal dit : « pour être un peu original en 1880, il faut que le héros ne soit pas amoureux au premier volume et qu’il y ait deux héroïnes ». Voilà donc qui résume complètement l’itinéraire amoureux de Fabrice, et aussi notre analyse : trois temps d’amours différents, l’attente, la confusion, la révélation.



I- Autour de l’amour, Fabrice-Don Juan, ou un héros en quête

II- Un amour de mère ? ou Gina et le sfumato amoureux

III- Fabrice et Clélia ou Enfin… De L’amour (essai de Stendhal)







I- Autour de l’amour, Fabrice-Don Juan, ou un héros en quête



Fabrice, au tout début du roman, peut donner envie au lecteur tant il a été gâté par son créateur : appuyant ses qualités de simplicité et de beauté enivrante, il est si attirant qu’aucun personnage féminin dans le livre ne semble résister à son charme.



a) Aniken, point d’appui, de comparaison, de symétrie



La première approche et initiation amoureuse se déroule après le passage de Waterloo (épisode sonnant le début de sa formation dans biens des aspects), il est à ce moment là, encore plein de candeur, de passion, et se trouvant blessé, il s’arrête dans une auberge flamande où il rencontre Aniken, fille de l’aubergiste. C’est là que sonne le point de départ de sa formation amoureuse. Aniken, en tant que tout premier « amour », va alors servir de point d’appui et de point de comparaison dans tout son parcours sentimental. Blessé, il se trouve prisonnier de son corps dans un pays qu’il doit fuir, mais il est aussi prisonnier du langage (une langue qu’il ne maîtrise pas) d’où la nécessité de trouver des déviations à la communication, des signes, là même commence sa première inclination vraie pour le genre féminin qui déjà semble agir sur lui comme une attache qui retient… tout ceci annonçant bien des choses. « il s’adressait en italien à ses hôtesses qui parlaient un patois flamand, de façon que l’on s’entendait presque uniquement par signes […]Aniken, la cadette et la plus naïve (ressemblant donc ici à Fabrice par sa candeur et sa spontanéité), l’embrassa sans autre façon. Fabrice, de son côté les trouvait charmantes […]il avait presque envie de ne pas partir. Où pourrais-je être mieux qu’ici ? disait-il […]les adieux furent tendres »

On peut dès lors dire que sa carrière de séducteur commence ici, d’autant plus qu’il a une vue d’ensemble : il ne voit pas juste Aniken, mais aussi sa sœur et sa mère, « il les trouvait charmantes ». C’est la naissance du Don Juan.



b) l’apogée du Don Juan



C’est adolescent que Fabrice connaît sa période la plus frivole et le mot de Don Juan s’impose alors pour le qualifier, même s’il avait était annoncé assez tôt dans le livre par Gina (avt qu’il parte pour Waterloo) : « Parlez avec plus de respect du sexe qui fera votre fortune, car vous déplairez toujours aux hommes, vous avez trop de feu pour les âmes prosaïques.» (vrai-faux)

S’en suit alors une série de conquêtes qui tracent une sinusoïdale dans le parcours amoureux du héros :



- d’abord à Romagnan, appliquant les conseils du chanoine Borda, il fait la cour à la Comtesse A***, l’amour est ici instrument, détourné du vrai sentiment, car il l’aide Fabrice à estomper les soupçons qui pourraient courir sur lui, mais c’est aussi un moyen vain de se distraire dans son exil… Toutefois on peut noter, la courbe ascendante, après une fille d’aubergiste, il côtoie une noble, plus proche de sa haute lignée. Pour souligner ce caractère faux de l’utilisation amoureuse, l’auteur dit avec un brin de malice : « Fabrice avait cette ressemblance avec la jeunesse française qu’il s’occupait beaucoup plus sérieusement de son cheval et de son journal que de sa maîtresse bien pensante. »

- ensuite, il s’éprend bien rapidement d’une petite comédienne, Marietta Valserra. A Parme, Fabrice ressent le besoin d’aimer, plus encore d’être aimé car il « avait tous les chagrins du monde. » Lui même se l’avoue, il est prêt à tout, à n’importe quoi « resterait un petit amour de bas étage à Parme »… Ici, il y a recul de toutes les prétentions et des grandes ambitions que se faisait le héros, il va se contenter du commun, lui l’aristocrate charmant. Marietta est cette fille qui lui « sembla gentille et pleine de naturel », maintenant, il lui en faut peu. La courbe amoureuse est donc ici descendante ; Gina, jalouse, saisit pourtant la vérité de cette relation et du « rôle ridicule » que commence à prendre Fabrice… pourtant, c’est grâce aux problèmes que lui attirera cette conquête que notre héros trouvera enfin, de l’amour, l’auteur encore bienveillant semble nous dire… Felix culpa mais pensons aussi à cette maxime de La Fontaine : on rencontre sa destinée souvent par des chemins qu’on prend pour l’éviter.

- On peut dire dès maintenant combien ces amours légers sont le témoin de l’errance de Fabrice qui s’efforce de trouver l’amour vrai, car après tout c’est l’ignorance de la passion qui semble le pousser toujours plus loin dans cette quête du sentiment, quête qui finit par être un cheminement personnel et identitaire. Il cherche cette « partie noble et intellectuelle de l’amour »

- Mais si l’on comprend ce qui motive Fabrice, lui ne fait que s’obstiner dangereusement et commence à se tourner dans le libertin volage, vulgaire et ridicule. Ainsi nous pouvons lire « son cœur n’avait jamais connu l’amour. Eh bien ! je ne reverrai jamais la petite Marietta, se répondit il à lui même avec gaieté ». Glissant ainsi, il continue sa quête jusqu’à se jurer presque par orgueil de conquérir La Fausta, célèbre cantatrice. Ici bien que s’attachant à la conquête de femme d’une distinction lui convenant plus qu’une simple comédienne, la courbe est plus que jamais descendante, il n’a jamais été aussi loin du sentiment, c’est pour lui « une petite guerre » : le Comte Mosca ressent ce changement et dit : « les jeunes gens veulent avoir toutes les femmes puis le lendemain, ils n’y pensent plus. » Fabrice tombe dans le commun, il est un de ces jeunes gens. Le narrateur même commence à devenir ironique envers Fabrice : « la fantaisie de Fabrice se changea en pique d’amour propre (à son âge, les soucis l’avaient déjà réduit à avoir des fantaisies ! » L’épisode de la Fausta est le passage qui ralentit le plus le parcours du héros qui piétine, si bien que l’auteur se demande si cette aventure à son utilité, en fait c’est dans son inutilité qu’elle trouve son utilité, car le lecteur s’impatientant à suivre avec bienveillance l’histoire de Fabrice sent ici sa déchéance amoureuse. L’auteur lui même semble être exaspéré et fait de sa créature, un être qui va presque frôler le cliché et le ridicule lorsqu’il chante, d’ailleurs fort mal, sous les fenêtres de sa dulcinée, on pense alors à double comique de Cyrano, à un double maladroit : Christian, ou d’un Coelio timide, abaissé et soumis devant les Caprices de Marianne (de sa dame). Le pire est peut être lorsque Fabrice semble adhérer à cette vie qui pourtant ne lui ressemble pas, vie où il finit par confondre la nature des sentiments : « Mais n’est ce pas une chose bien plaisante se disait-il quelquefois, que je ne sois pas susceptible de cette préoccupation exclusive et passionnée qu’ils appellent de l’amour ? Parmi les liaisons que le hasard m’a donné à Novare ou à Naples, ai-je jamais rencontré de femme dont la présence, même dans les premiers jours, fût préférable à une promenade sur un joli cheval inconnu ? ce qu’on appelle amour, serait-ce donc encore un mensonge ? J’aime sans doute, comme j’ai bon appétit à six heures ! […]faut-il croire que je suis organisé autrement que les autres hommes ? Mon âme manquerait d’une passion, pourquoi cela ?ce serait une singulière destinée »

- Malheureusement pour nous, pour lui aussi, son parcours de Don Juan ne s’arrête pas à cette épisode, ajoutons rapidement, l’effet singulier qu’il a fait ressentir et qu’il a ressenti pour la petite Chékina, femme de chambre de Gina, ou bien Bettina la petite camériste de la Fausta… passe ton chemin Fabrice !

- Si l’on passe sur l’apogée de son itinéraire amoureux avec Clélia (que nous expliquerons plus tard), il faut conclure cette partie en remarquant que ce gaspillage dans la futilité reprend après son amour, pour Clélia, mais cette fois, c’est par désespoir qu’il pose les yeux sur Anetta Marini, à défaut d’avoir l’amour, il se contente d’échantillon, remarquons qu’il n’est que peu actif dans cette histoire… Fabrice est le Don Juan fatigué ici. Son incapacité à aimer semble l’avoir suivi comme une malédiction. L’amour, la tendresse, esquissé par la mère, repoussé en bloc chez le père, le frère, trop flou chez la tante, est une explication de cette quête qui finalement peut apparaître comme plus douloureuse que frivole. Fabrice pour aimer semble avoir besoin de substituts, substituts de père de mère et ici, d’amante. Comment expliquer sinon qu’il se contente d’une fille si simple telle que Marietta, lui le grand aristocrate, ce parallèle revient après Clélia… Anetta Marini, double bourgeois de Clélia, est aussi un double plus satisfaisant que Marietta ( cf sonorités /Marietta/Anetta Marini/Marianetta/ ? ? ?)



Finalement, Fabrice Don Juan n’est que le fantôme de lui même, courant après le seul bonheur qui semble lui avoir été refusé in medias res. Cette quête après tout pour Fabrice, c’est être « retenu par un reste d’espoir d’arriver à sentir ce qu’on appelle de l’amour »…
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