Le Forum des Khâgneux

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 Lorenzaccio 2e partie

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antoinepetit

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Nombre de messages : 69
Date d'inscription : 10/09/2006

MessageSujet: Lorenzaccio 2e partie   Dim 10 Sep - 20:18

Le retour du sème du caché revient avec les « habits neufs » qui semble se placer en parallèle avec l’ « armure » de l’enfant… l’un cache, est aussi le symbole de cette « grande confrérie du vice » , quand l’autre est symbole de courage et de protection noble face au danger. Il y a donc parallélisme et antithèse entre les deux métaphores, celle de l’homme débauché et maquillé dans le monde perverti et de l’autre côté, l’enfant paré et chevaleresque, symbole de pureté on l’a vu, dans le monde féerique, fabuleux et merveilleux de la fable. On peut aussi peut-être s’avancer à une perversion de ce monde de rêveries, et donc éloigné de la réalité, par la comparaison qu’on inflige ici au monde de l’enfance en le reliant de façon presque imperceptible au vice et au faux, comme si cela devait en déboucher. «… confrérie du vice comme un enfant… » Ensuite nous avons « je croyais » : est-ce ici l’illusion de l’enfant-Lorenzo, ou du Lorenzo « pré-débauché » ? retour ici à une référence chrétienne : cad le stigmate, au Moyen-Age = signe d’infamie, symbole ici de corruption. Corruption que l’on affiche au front du monstre, donc de l’être anormal qui n’est pas dans sa finalité. On voit ici que l’on se situe dans un avant-monde (cf l’imparfait) presque pré-politique, puisque le front ici n’est pas couvert du masque. Avec cette notion de monstre, on se voit encore une fois être télescopé dans un nouvel espace de référence, le merveilleux du géant de la fable enfantine, qui ici est lié par le stigmate à une dimension chrétienne.

Pour entrer véritablement dans ce monde de la perversion, Lorenzo doit renier et blasphémer contre la vertu qui, par un renversement étonnant et tout à fait vicieux( !), devient le masque qui étouffe ! La corruption fait son œuvre déjà dans le Verbe que Lorenzo doit transformer, c’est le début du travail contre soi, et contre l’identité.

C’est ce moment décisif du récit où il lui faut entrer dans le vice qu’il s’écrie : O Philippe : on peut y lire ici justement la tension du moment-clé, la détresse, le doute devant la tâche à accomplir, la plainte élégiaque… mais de façon plus pragmatique, cela anime aussi la tirade, rappelle la présence sur scène d’un acteur muet devant de telles paroles, appel au personnage mais aussi à l’auditoire et à sa magnanimité.

L’emploi du passé simple marque le tournant. Lorenzo prend le masque du vice pour voir la vie, et par le hasard de la langue, on a voulu que le signifiant « vice », contienne la « vie ». Ce qui est exactement dit par le personnage. Ainsi pour réussir son entreprise, Lorenzo se doit alors d’emprunter ici le même chemin qu’a emprunté mais, pour des raisons différentes, le Faust de Marlowe et de Goethe : il lui fait vendre son âme au diable, au vice. A ce stade, on voit clairement que le décalage identitaire est crée par l’innocence d’une jeunesse trop vite confrontée à la corruption du monde et de la cité. Cité, terrain, qui dégrade corps, par la débauche, ou l’oblige à le maquiller, par la corruption qui fait porter le masque… Plus curieusement, Lorenzo souligne, comme pour s’assurer qu’il n’as jamais été vraiment radicalement corrompu, que plus il s’enfonçait dans cette vie voilée, plus il arrivait à voir la vérité de ce monde « tous les masques tombaient devant mon regard ». Plus il se masque à lui même, plus il démasque le monde… vases communiquants ? De plus , on peut dire tout en passant que c’est avec cette tirade de Lorenzo que l’on prend conscience du glissement progressif du masque de carnaval, au masque politique, sans compter la dimension supplémentaire apportée par la vision du masque théâtral qui déguise et interroge l’identité.

De ce point de vue, on peut relever ici l’importance du sème de la vision dans ce passage : entre la vraie vision et la vision indirecte (par le masque) : « je vis ; regard ; j’ai vu 3fois ; j’ai guetté ; regardais, voir, observe, visage » aussi puisque c’est le lieu de l’authenticité : larme , face honnête, ou du faux : du rire, du masque, de la stigmate au front.

Ainsi dans sa préparation, Lorenzo est l’homme qui attend et observe le monde pour mieux s’y couler, se calquer à lui et le deviner

Maintenant on peut ressentir l’importance accordée au rythme : du martèlement des entames des phrases qui résonnent comme des stances, où le sujet affirme par le Verbe l’identité dont il doute dans les faits: l’accumulation des « j’ai » . Toutefois, cela démontre aussi qu’après avoir tant observé, Lorenzo a su et va savoir agir dans le monde : on lit une multiplication nette des verbes d’action qui servent de pendant aux verbes de vision : « j’entrais ; je travaille ; parcourais ; fait mon coup ; je suis entré ; j ai écouté ; j’ai recueilli ; j’ai bu ; j’ai avalé.. » Lorenzo absorbe ici littéralement le monde dans tout ce qu’il peut être, pour mieux s’y fondre on l’a vu mais aussi pour mieux le comprendre, ne plus rien en attendre et le haïr pour toute sa perversion.

L’humanité prend l’image d’une catin ou du moins de la fille trop facile qui ne recule pas à lever trop facilement la robe à l’habitué du vice et qui est digne comme elle de sa monstruosité. Nouveau parallèle avec le thème du « monstre ».

Ainsi même les hommes passent devant le tribunal de la conscience ressuscitée chez le confessé. On retrouve ici le champ lexical de l’authenticité pervertie, ici jusqu’à la nudité exploitée.

On ressent alors l’importance chez musset du visage sanctuaire où l’on lit facilement l’homme : front rire masque regard, face, larmes



Notons également qu’à ce stade, en récapitulant, le champ lexical du vice abonde dangereusement, et est plus nombreux que celui de la vertu.

De plus, on peut développer ce que nous disions plus tôt dans cette explication, à savoir l’image de la femme qui apporte le mal ou le contient en son sein, notons aussi la féminisation de l’ensemble de la tirade : récapitulons : la 1ere fille, l’humanité en robe, la nudité, Florence ( appelée dans la pièce comme si c’était un être, et qui s’avère bien sûr un prénom), la fiancée ; et en forçant l’idée un peu on pourrait presque y ajouter la métaphore et la prosopée ainsi que les larmes vertueuses qui semblent avoir leur autonomie propre sous les mots de Lorenzo. Ainsi en regardant de ^près, on voit que la féminité s’avère être, tout comme Lorenzo qui s’affiche comme son « amant », tiraillée entre Bien et Mal, Corruption, et entre la vertu (il suffit encore une fois de s’appuyer sur le chps lexical de la féminité dans ses caractères de vertu et de débauche et l’on voit l’équilibre et le tiraillement )

Comme l’identité de Lorenzo, la tirade ménage et mélange le flou des valeurs. Lui même s’interroge « pour qui est-ce donc que je travaille ? » Il est seul à se battre. Il cherche parcourt les rues de la ville Florence, en plus de l’errance, on peut y voir ici, l’insinuation sensuelle du débauché parcourant le corps le la Florence humanisée. D’ailleurs ce chp lexixal sensuel est important : « 1ere fille ; séduite ; souleva sa robe ;nudité ; baisers ; fiancée ; noces »

Dans ces égarements, la solitude du sujet réapparaît.. c’est « un fantôme » à ses côtés, ce qui est un symbole récurrent dans l’œuvre de Musset. Ainsi dans la pièce il y en a déjà été fait mention par deux fois :

- I-6 : c’est le rêve qu’à fait Marie, la mère de Lorenzo , voyant ce qu’est devenu, son cher fils qui vivait jadis dans « des palais de fées avec des cantiques d’anges »et qui est aujourd’hui « un spectre hideux ».. notons l’opposition bien-mal, merveilleux etc…

- II-4, toujours Marie lire p.66 : importance de la nuit, larme, vision, rêve, homme vêtu de noir et l’importance du retour de l’enfant à sa table après sa perversion… mot final « autrefois »



Il y a aussi lien avec d’autres œuvres de Musset :

- cf Rolla le plus long poème de Musset : Il y a ici le mélange et le développement de la nuit, du débauché, du télescopage antique-chrétien, bien –mal, manteau noir, sainteté de la femme violée et qui doit se pervertir au contact du monde, Faust, Shakespeare, Brutus… Et Jacques Rolla qui s’exclame comme un Lorenzo « Vertu tu n’es qu’un nom ! »

- Nuit de Décembre






Du temps que j’étais écolier,

Je restais un soir à veiller

Dans notre salle solitaire.

Devant ma table vint s’asseoir

Un pauvre enfant vêtu de noir,

Qui me ressemblait comme un frère.



A l’âge où l’on est libertin,

Pour boire un toast en un festin

Un jour je soulevais mon verre.

En face de moi vint s’asseoir

Un convive vêtu de noir,

Qui me ressemblait comme un frère.



C’est une étrange vision,

Et cependant, ange ou démon,

J’ai vu partout cette ombre amie.

….

Et celle –ci lui répond dans le vers final

Ami, je suis la Solitude













Ensuite, Lorenzo cherche à savoir si la vision du monde pourra lui donner du courage, mais on a bien vu que non. L’humanité profitera-t-elle de la fin du tyran, il y a tout lieu d’en douter, et encore une fois Lorenzo le sait en regardant simplement les visages, en voyant les bavards républicains enfermés dans leur cabinet-tour d’ivoire, comme Philippe incapables d’agir, mais il passe tout en revue histoire d’être sûr, bourgois commerçants, peuple, patriotes… masi partout, on ne fait que boire et parler en de beaux discours (métaphore et prosopée). Partout il n’y a que les mots sans l’action.

Seul Lorenzo réconcilie le verbe et l’Acte, l’éloquence et le courage… mais ce ne sera qu’un acte personnel, égoïste, car l’humanité n’en est pas digne, pour Lorenzo, on ne peut même se fier aux larmes vertueuses, aux faces honnêtes, on ne peut attendre d’y déceler le frisson d’espoir. il a trop patienté dans la contemplation de la fiancée, il doit consommer ses noces, il est seul avec son crime, le jour de ses noces, ces noces de sang qui sont comme il le dit lui même « tout ce qu’il lui reste de sa vertu ».





CCL : Quête d’identité, confession, prophétie de l’action, révélation du monde, ce texte au combien riche entrelace une multitude de thèmes, de champs lexicaux, de références littéraires… cri modèle du héros romantique, Lorenzo en ressort aux yeux du lecteur-spectateur comme homme nouveau. Pour lui, il n’en tire que peu de choses peut-être une réconciliation plus facile avec lui-même, lui ô combien désabusé par le monde…

Mais d’une certaine manière c’est aussi, la vision condensée que Musset a fait de sa vie et de ses préoccupations, de ses sujets préférés, et plus étrangement, de ce que sera toute sa vie ….et cela à 23 ans seulement.
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